Bordeaux, c'est la plus belle ville du monde! Bon, je ne connais pas tout le monde dans le monde, mais de tout ce que j'ai déjà vu, cette ville défend bien son bifteck. Ou plutôt son verre à pied. Bordeaux, ce n'est pas que le vin mais quand même, dans le coin, il y a de quoi étancher sa soif. Votre envoyé spécial, Rouky, a d'ailleurs décidé d'explorer un peu plus cet univers propre à sa jolie région.

Je vous entends déjà, "ouiii, à tous les coups elle est tombé amoureuse d'un vigneron!" Et béh pas du tout! "La mauvaise foi de Rouky: légendaire!" Non, il n'est pas vigneron mais oui, c'est un peu à cause de l'homme que je me suis mise à la dégustation de vin. C'est à dire que quand on reçoit une jolie invitation pour un atelier de dégustation pour Noël, on ne peut pas refuser.

Depuis que je le connais, l'homme se sert dans des verres tout chic (soit disant que le vin y est meilleur), il fait tourner le liquide sans en mettre une goutte à côté, commente la robe (celle du vin pas la mienne), il fourre son admirable tarin dans le ballon et le ressort avec des expressions toutes particulières pour décrire l'odeur du contenu: "pamplemousse d'Afrique du Sud, fleurs noires, urine de félin, baies des steppes mongoles, ..."

A ce moment de la dégustation, je le regarde interloquée, tente de l'imiter m'inquiétant de savoir si les effluves de mon parfum lui permettent de similaires associations. Puis il goute, une lampée qu'il fait aller et venir dans sa bouche, clapote de la langue dans un bruit peu élégant puis avale le breuvage des Dieux d'un air tout content avant de donner son verdict: "Tu sens comme il est tannique? J'aime bien, il a du caractère, de la rondeur, ..."

A cet instant mon regard de merlan frit se demande s'il utilise les mêmes adjectifs pour me décrire. Et lorsque je goutte à mon tour, il arrive à peu près ce qui suit.

ce363eda79aea95161813757683f09d1

Un jour j'ai voulu me lancer et alors que l'homme m'invitait à me laisser aller à mon ressenti j'ai osé un petit "ça sent la poupée corolle!" et j'avais presque raison: c'était de la vanille.

Sans doute exaspéré de se savoir accompagné d'une parfaite néophyte fanchonnesque qui ne boit que pour s'enivrer, voilà pourquoi il m'a offert ce présent. (Hein? Quoi? Il voudrait juste partager sa passion avec moi? Que j'arrête de me vexer pour un rien comme... une fille? AH OUAIS? Et quand il me dit que je suis belle AUJOURD'HUI, ça veut pas dire que le reste du temps il me trouve moche peut-être!!!)

Trêve de feminiaiserie, voilà que je prend mes petites pattes d'ignorante pour me rendre à mon sympathique atelier au CIVB. Ouais, je me la pète un peu mais vous pourrez faire pareil, chaque dernier samedi du mois de 15h à 17h pour la modique somme de ... ça j'en sais rien, c'était un cadeau.

J'arrive en avance, parce que je suis plutôt ponctuelle comme fille. Nous sommes 25 et quoique très sociable ordinairement, je ne trouve pas vraiment l'occasion d'échanger avec mes camarades de classe. Je monte dans "la salle de dégustation", une sorte de laboratoire un peu chic. Chaque paillasse est agrémentée de deux verres dégustation, d'un peu de paperasse, de quatre feutres étranges installés comme des tubes à essai, d'une lampe et d'un petit évier en inox.

La formatrice, une jolie poupée aux longs cheveux bouclés qui me font rêver, ultra sexy à m'en rendre jalouse et en plus calée comme un bordelais centenaire sur les vins et terroirs du sud-ouest. L'œnologue, en plus, est amusante.

Le cours commence par un test (j'aurais du me douter qu'il y avait un piège!). Les quatre feutres sont en fait olfactifs et nous devons les renifler l'un après l'autre avant de déterminer qu'elle est l'odeur. Le premier sent bon, je n'arrive pas bien à définir où j'ai déjà rencontré cette odeur mais elle ne me déplait pas. Le deuxième: BANANE! Après m'être shootée au rhum arrangé/bonbon arlequin, je ne pouvais pas louper mon coup. Le troisième: POUAH! Une odeur dégueu que ne me rappelle rien de bon, impossible de savoir quoi mais qu'importe, je referme le feutre bien vite. Le dernier est également facilement reconnaissable, ça sent le poulet au coco de ma grand-mère, mon soin pour les cheveux au coco et le Bounty.

L'heure du verdict a sonné, il me manquait le cassis, et l'odeur nauséabonde: miel? Ah, non, je suis pas d'accord là, le miel, j'aime ça, c'est bon et ça SENT bon, rien à voir avec cette "molécule" affreuse qui s'est insérée dans mon nez.

En résumé: Une odeur de brioche ou de beurré, c'est du chardonnay. Un vin fruité est jeune. Le cassis se renifle à cause du cabernet-sauvignon, principalement trouvé rive gauche. Les vins rosés sont plus enclins à sentir la banane. Le miel se retrouve dans les blanc secs dont l'évolution est prématurée et si vous sentez une odeur de noix de coco ou de vanille, il s'agira sans doute d'un vin boisé et tannique.

La suite nous apprend un peu l'histoire de Bordeaux et du commerce vinicole, qu'on est trop fort en AOC alors que le Languedoc-Roussillon, vignoble plus grand en terme de superficie, est plutôt du genre vin de pays (aussi bon mais cultivé avec moins de contraintes).

 

verre-a-vin

 

Vient alors le moment béni de la dégustation, on apprend à tourner les verres pour mieux libérer les arômes (moi je m'en fous partout évidemment, mais heureusement, elle nous a fait commencer avec du blanc). On apprend à reconnaître les reflets verts d'un vin blanc sec jeune, notre odorat reconnait les notes de pamplemousse et d'acacia (Oui, oui, d'acacia, parce que l'odeur de l'acacia, tout le monde connait...) . On prend le breuvage en bouche et il faut cracher... CRACHER? NON MAIS OH! Désolée mais on m'a appris à ne pas gâcher! J'essaye une fois, ça fait tellement professionnel quand on regarde sexy œnologue le faire. Moi je ressemble juste à un lama.

Les deux vins qui suivent sont rouges. Un rive gauche (Médoc), un rive droite (Pomerol). Sans surprise, je ne reconnait pas vraiment l'odeur, mais j'arrive à percevoir la différence de couleur. On apprend que le pinot noir, utilisé en Bourgogne, donne une teinte bien moins opaque, mais je le savais déjà grâce à l'homme!

Sans surprise, j'apprécie bien plus le rive droite, moins vif, plus rond (trouvez-vous une liste de jolis mots à dire, devant des néophytes, ça fait toujours chic!) 

Enfin le dernier vin *musique angélique annonçant presque le messie*, un Loupiac, blanc liquoreux. Le vin préféré des nanas parce qu'il s'accorde à merveille avec le chocolat et qu'il est méga sucré. Et celui-là, non, je ne le recrache pas. Je ne voudrais pas décevoir Rox, déesse du moelleux/liquoreux (Je lève à ta santé un verre de Monbazillac!) Même en découvrant que le vin blanc liquoreux tient son goût d'une pourriture calculée de la grappe, je savoure!

L'atelier prend alors fin après un petit point sur les accords mets/vins. Un vin simple pour un mets simple, un vin complexe pour un mets complexe, la règle d'or.  

Je remercie la formatrice, j'ignore avec panache le vase rempli d'éthylotests et je ressort toute fière, prête à en mettre plein la vue à mon homme avec plein de mots savants.