Parfois, ça fait mal, ça gène, on a envie de ne plus rien sentir, de tout enlever. On a envie de boire une potion ou de prendre un cachet pour éteindre la douleur, le nœud qui serre de plus en plus fort les entrailles. On a envie de faire taire la voix qui commente toutes les erreurs passées et qui promet celles à venir. On a envie de ne plus penser, de ne plus ressentir, de ne plus avancer, de s’allonger juste là et d’attendre des jours meilleurs. On a envie de ça quand on ignore que cette douleur, elle n’est pas unique. Que si c’est celle-là qu’on éprouve maintenant, on peut en éprouver d’autres, de pires douleurs, des douleurs exquises, des douleurs qui nous ramènent à la réalité, de grandes décharges électriques qui nous ramènent à la vie.

Alors on décide d’hurler contre le monde entier, de pleurer toutes les larmes qu’on avait oubliées au profit des sourires, de croire que tout va s’écrouler et de penser que rien n’a jamais vraiment changé. Mais c’est comme jeter son cœur en l’air dans un élan de folie, regretter, se dire qu’il va se briser en mille éclats en retombant au sol, et en allant le ramasser, se rendre compte qu’il était bien rembourré, bien préparé au moindre choc. C’est comme se retrouver d’une seconde à l’autre dans le noir complet, ignorer où et comment changer les fusibles puis retrouver la petite lampe de poche accrochée au porte-clés et savoir qu’on a un ami, pas loin, qui sait où est le disjoncteur. 

 

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