Allez, histoire de changer un peu, on va parler d’un sujet pas marrant aujourd’hui, mais un sujet qui me touche beaucoup comme vous vous en douterez. L’OBESITE.

Un gros mot (c’est le cas de le dire) que certains utilisent parfois de manière particulièrement négative mais qui n’a pour prétention de n’être qu’un terme médical qui signifie « excès de masse grasse entraînant des inconvénients pour la santé ».

Je suis la première à défendre le droit à la non-uniformité de la beauté, à me battre contre la dictature de la minceur et la reconnaissance des grandes tailles dans la mode (et dans la vie tant qu’à faire). Mais si tous les types de silhouettes existent et doivent continuer d’exister, il faut aussi savoir arrêter de se voiler la face et réaliser que l’obésité est une maladie, qu’elle altère la santé et qu’elle doit être combattue. Rien à voir avec la mode, les magazines féminins, le regard des gens.

J’ai toujours été grosse. J’ai dans un premier temps cru que je devais maigrir pour être comme tout le monde et le moyen le plus logique de mon petit esprit de gamine stupide était d’arrêter de manger. Sauf que manger, j’aime vachement ça, surtout que j’ai toujours cru que c’était ce qui résolvait tous mes problèmes. Voyez venir notre ami le cercle vicieux ?

Au collège, les médecins ont commencé à essayer de traiter ce que je voyais comme un simple désagrément visuel. Loin de résoudre quoi que ce soit, sans vouloir m’appesantir sur les évènements de ma vie qui m’ont menés là, je me suis contentée de développer des troubles du comportement alimentaire (encore un gros mot). Pour résumer, je me suis mise à faire des crises de gavage compulsif. Rien à voir avec la gourmandise quand on songe aux pots de mayonnaise que je mangeais à la petite cuillère ou aux boites de haricots verts englouties à même l’aluminium. Les américains (super forts dans tout ce qui est obésité) appellent ça le Binge Eating, chez nous, c’est l’hyperphagie. Ce mot m’évoque comme un petit monstre affamé à l’intérieur qui demande toujours plus. Ce petit monstre, je l’ai gardé bien au chaud pendant toute mon adolescence, puis ma vie de jeune adulte. Je l’ai nourri, entretenu, il est encore là aujourd’hui. Il m’a poussée à faire de belles conneries avec mon corps. J’ai essayé de le punir, plusieurs fois, en l’affamant, mais rien à faire, il était toujours plus fort que moi. J’ai beau chercher encore aujourd’hui une raison bien définie à tout ce mic-mac psychologico-alimentaire, je n’en vois pas une, mais des centaines.

Je suis donc devenue obèse. Pour être claire, il y a trois niveaux d’obésité (je vous passe le topo sur le calcul de l’IMC) : obésité faible, obésité modérée, obésité morbide. Morbide.

Quand j’ai découvert que j’étais en obésité morbide, j’ai réalisé par la même occasion que tout ce qui n’allait pas dans ma vie se rapportait à mon corps et à ma façon de m’alimenter. J’ai appris que si je continuais sur ce chemin, j’aurais toujours de plus en plus mal au dos, aux genoux, je n’aurais sans doute jamais d’enfants, j’aurais de plus en plus de mal à respirer, à dormir, à marcher, à vivre en fait. J’ai aussi découvert que je pouvais en mourir.
Cette partie de l’histoire, c’est celle qui est le plus difficile à accepter. On peut être gros et en bonne santé, vivre longtemps et heureux, mais je ne pouvais pas continuer d’avoir un comportement autodestructeur comme je le faisais et croire que personne ne remarquera rien, et que ça n’aura aucune conséquence sur ma vie.

Je ne me suis pas réveillée un jour en disant « ça suffit ! », je n’ai pas eu de déclic révélateur, j’ai juste choisi au jour le jour de rompre avec mes mauvaises idées, mes mauvaises pensées et mes mauvaises habitudes. J’ai voulu faire du sport pour arrêter de me sentir impotente. J’ai voulu cesser de me laisser dominer par la nourriture. J’ai voulu me mettre à vivre, arrêter de tout m’interdire parce que trop lourde, trop imposante, trop incapable. Mais la montagne immense dressée devant moi que je devais franchir m’a aussi fait réaliser que j’aurais sans doute besoin d’aide.

Se guérir d’un trouble du comportement alimentaire n’a rien de facile, ce n’est pas avec deux baffes qu’on règle un tel mal. Aujourd’hui encore, je sais que je peux replonger à tout moment. Ça peut faire sourire, mais c’est comme la drogue, l’alcool, c’est un combat de tous les jours qui demande force et courage pour ne pas sombrer à nouveau. Je sais que rien n’est gagné, toute ma vie je devrais faire attention à ne pas me laisser retomber dans mes travers. Mais je sais aussi d’où je suis partie et c’est tout ce chemin parcouru qui me permet de continuer d’avancer.

Bon, maintenant vous voulez savoir hein ? Combien ? 35 kilos.
35 kilos, c’est le poids de 6 packs d’eau.

 

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Belle désillusion en revanche, non, perdre du poids ne rend pas photogénique ... 

Voilà, j’ai perdu 35 kilos et c’est une de mes plus grandes fiertés. Je me suis débarrassée d’une partie de moi, une partie pas sympa qui voulait m’envoyer dans le trou plus tôt que prévu. Je ne fais pas du 38, je n’aspire pas à devenir une sirène toute mince et toute pimpante, je ne suis même pas dans "la norme", je veux juste être en bonne santé et en harmonie. Un esprit sain dans un corps sain.

Un mot à ceux qui souffrent et qui croient que c’est une fatalité, que rien ne changera jamais, à ceux qui se cherchent de fausses excuses. Tous les espoirs sont permis, la seule chose à faire pour gravir cette montagne, c’est prendre une bouffée d’air et commencer à marcher. Parce qu’un gros qui marche ira toujours plus loin que n'importe qui restant sur son cul. Et on s’en fout du temps que ça prend, on s’en fout d’avoir à pleurer pour réclamer de l’aide, on s’en fout de tomber mille fois à genoux, se donner les moyens de vivre c’est ça la dignité.