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Pour finir avec mon cycle Compagnons Bâtisseurs,
j'aimerais partager ce petit rapport d'étonnement
que l'on m'a demandé d'écrire le dernier jour de mon volontariat,
parce que j'y résume en quelques mots ma grande aventure. 

quote1C’est étonnant de voir à quel point une expérience comme celle que j’ai vécu chez les Compagnons Bâtisseurs a pu me faire évoluer. Je n’ai pas vraiment changé en soi, je suis toujours moi, mais j’ai appris à me découvrir face aux imprévus comme face aux petites victoires, j’ai aussi réalisé qu’il me restait des milliers de choses à apprendre.

 La richesse de ce projet, c’est qu’il ne laisse pas tomber les jeunes. On est là, on existe, on fait partie de la société même si on vacille un peu sur nos pattes comme des faons qui viennent de naître. On mérite qu’on nous donne une chance, juste une petite porte entrebâillée dont nous avons tout le loisir de pousser ou non. C’est un peu comme ça que je vois les CB. Une chance offerte, on la prend ou pas. Moi, j’ai préféré pousser cette porte, malgré la trouille complète de l’inconnu. Et je ne suis pas déçue du voyage.

Soyons honnêtes, si aujourd’hui le bilan de cette aventure est extrêmement positif, tout n’a pas toujours été tout rose. La frustration faisait partie de l’histoire. Celle ressentit alors que le projet battait de l’aile par la faute de quelques partenaires peu enclins à vraiment s’engager alors que nous étions là, une équipe au complet prête à se démener pour que ça marche malgré tous les bâtons jetés dans nos roues. Les moments de solitudes dans cette petite ville peu active, si je pensais arriver dans une ville de « campagne » je n’imaginais pas à quel point Thiers était une ville morte.

Pour moi, les hauts et les bas sont essentiels. Comment aurais-je pu apprendre à me faire confiance, à savoir vivre seule sans en être malade si je ne m’étais pas retrouvée en face à face avec moi-même ? Comment découvrir l’importance de mes engagements si je n’avais pas expérimenté l’impatience face à l’immobilisme de certains ? C’est le concept des problèmes en mathématique, c’est vrai que c’est dur et parfois on se demande leur utilité, mais à la fin, on réalise que c’est grâce à cela qu’on sait compter.

Je ne m’attendais pas à tout ça. Je m’attendais à apporter un coup de main à quelques personnes, à apprendre quelques techniques du bâtiment, à me rendre un peu utile en attendant d’être prête à me lancer sur le marché du travail. Mais c’est bien plus ce que j’ai trouvé en arrivant ici. Une grande, une immense famille comme on en rêve. Avec des gens sur qui compter quelle que soit la situation ; des maisons où dormir un soir ou deux partout en France, en Europe, dans le monde ; des réunions de familles régulières pendant lesquelles on se retrouve un peu hors du temps ; des partages de connaissance, de sagesse, de recettes...

Aujourd’hui, dernier jour. C’était un peu difficile cette première semaine d’arrivée des nouveaux volontaires, parce qu’ils débarquent tout frais, pleins d’attentes et d’appréhension, ils ignorent encore tout ce qui va se passer, et moi je dois partir et leur laisser la place. Si j’étais très excitée à l’idée de les voir et de leur dire à quel point cette année va leur ouvrir de nouveaux horizons, je me suis laissée aller à les détester un instant. Parce qu’ils ont investi le canapé sur lequel nous avons tant de fois mangé rillettes et bu vins avec Marine, parce qu’ils ont ri des blagues d’Olive et déjà commencé à essayer d’aider Cé dans son boulot. Parce que c’est le dernier apprentissage de mon volontariat, savoir passer le flambeau, faire confiance aux petits nouveaux et continuer mon chemin riche de tout ce que j’ai pu apprendre.

Je sais bien que ce rapport d’étonnement est censé apporter des éléments pour que vous puissiez vous améliorer, mais en faisant le bilan, le positif dépasse nettement les quelques cafouillages. C’est davantage une lettre de remerciement que je voudrais faire.

Merci de m’avoir laissée ma chance, de m’avoir appris à grandir, de m’avoir fait confiance. Merci d’avoir toujours répondu présent, merci pour les rires, les sourires, pour les longues discussions, merci pour cette année forte en émotion et pour tous les fruits que porteront ces graines plantées.