C’est bien beau tout ça, mais il faut bien que je vous dise ce que je suis allée faire en Auvergne (et ce n’était pas traire des vaches). J’étais donc volontaire en service civique chez les Compagnons Bâtisseurs. Pas de stress, je vais expliquer tout ça :

Service civique : Si vous avez entre 16 et 25 ans, vous vous êtes sans doute déjà senti concerné par le matraquage publicitaire sur Virgin Radio et autres stations. C’est comme ça que j’ai eu l’idée d’aller trainer sur le site web du service civique. Si vous allez passer votre Journée du Citoyen (de mon temps c’était encore la journée d’appel « oh la vieille ») vous en entendrez parler (même que mon Tonton il me prend en exemple quand il reçoit les petits jeunes à la JDC).
Concrètement, qu’est ce que c’est ? Une période, de 6 mois à 1 an maximum durant laquelle vous vous engagez dans une mission au service de l’intérêt général. Les missions sont très variées et regroupées en plusieurs domaines généraux : culture, développement international, éducation, environnement, mémoire et citoyenneté, santé, solidarité, sport …
Elles peuvent être proposées par divers organismes : associations, collectivités territoriales ou établissement publics, en France comme à l’étranger. Les seuls critères pour postuler : avoir entre 16 et 25 ans et être hyper motivé.

Volontaire : C’est un statut à part entière au même titre que salarié ou bénévole et c’est votre statut quand vous vous engagez pour une mission de service civique. Le concept, vous êtes rémunéré pour votre action (mais pas beaucoup beaucoup) et en même temps on ne vous demande pas d’être aussi rentable qu’un salarié. Je parlerai plus précisément du volontariat chez les Compagnons Bâtisseurs parce que c’est le seul sur lequel je peux avoir un avis.

Les Compagnons Bâtisseurs (CB pour les intimes)

Ce sont plusieurs associations régionales (Aquitaine, Rhones-Alpes, Provence, Bretagne, Île-de-France et bien d’autres…) organisées en réseau autour de l’association nationale (ANCB). Mouvement associatif d’éducation populaire, ils existent depuis plus de 50 ans (et ouais, sont vieux…). Leurs actions sont principalement axées sur l’ARA (oui, entrez chez les CB, appréciez les acronymes) autrement dit, auto-réhabilitation accompagnée et sur l’ACA ; auto-construction accompagnée, à destination d’habitants en difficultés. Cela consiste à résoudre leurs problèmes de logements qu’ils soient locataires ou propriétaires.
Certaines régions ont développé des chantiers d’insertions et de formation. Les associations sont aussi support d’accueil pour des bénévoles qui viennent apporter leur aide sur les chantiers ou dans la gouvernance, ainsi que de volontaires (comme moi !) qui sont à l’origine du mouvement des Compagnons Bâtisseurs.

www.compagnonsbatisseurs.org

Concrètement, sur Thiers où les Compagnons Bâtisseurs ont un atelier de quartier, il y a :

  • Des conseils techniques, moment où l’on explique aux gens comment faire mais on se contente de les regarder faire tout seuls mouahahaha !!! 
  • Des chantiers d’ARA auprès de locataires du parc privé et de propriétaires bailleurs. 
  • Des animations collectives tous les jeudis après-midi. Un atelier durant lequel bénéficiaires, bénévoles, volontaires et tous ceux qui veulent viennent apprendre à s’user les mains sur un peu de peinture, un peu de bois à découper, un peu de plomberie et bien d’autres. 
  • Une outilthèque mise à disposition des familles bénéficiaires de l’action. Prêt d’outils type perceuses, scies, kit préparation des murs …. 
  • Et je suis persuadée qu’il y a un cinquième point mais j’en oublie toujours un (normal …) 
  • Ah oui, voilà, l’animateur technique me souffle « l’entraide » à l’oreillette. Le concept de l’entraide, c’est que les bénéficiaires de l’action viennent sur d’autres chantiers que le leur pour aider et acceptent de recevoir de l’aide chez eux lors des chantiers.

Les volontaires viennent d’horizons variés. Chez nous (et actuellement), il y a deux thiernois, une clermontoise et deux extérieurs (plus moi qui part bientôt). Etudiant, en fin d’études, sans études, paumés, pas paumés, mobiles, trouillard ou pas, bavard ou timide, bricoleur ou non, on se fiche un peu de tout ça tant qu’on est motivé et prêt à s’investir.

Alors moi je suis arrivée avec mes baskets à lacets, architecte d’intérieur sans expérience, petite bricoleuse sans grande compétence, trouillarde absolue et avec aucune arme pour me protéger si ce n’est mon grand sourire.
J’ai déjà appris à connaitre l’équipe, pas vraiment le genre de personne dont j’ai l’habitude de m’entourer et pourtant, des gens de confiance, plutôt pratique quand on débarque dans une région à 500 km de la maison où on ne connait personne.
, animatrice habitat et tutrice, toujours over bookée et pourtant toujours motivée (je me demande encore comment elle fait pour garder la pêche, parce que même malade, elle est à fond !).
Olive, animateur technique à Tiers, un ours mais un ours pédagogue, attention, un peu aussi le Papa de la coloc (mais nous y reviendrons plus tard car cela met en scène quelques sombres histoires de toilettes bouchées et de noir complet).
Samir et Damien, deux volontaires Thiernois.
Johan, premier animateur technique à Clermont que j’ai connu, roi de la débrouille (« tu vois ces petites cuillères, bah comme ça, hop, ça fait des ski. ») puis Sahladin - dont je ne connais toujours pas l’orthographe du prénom - qui est venu pour le remplacer, lui aussi d’une énergie plus que débordante.
Mais encore Jerem’ qui a remplacé les deux premiers volontaires thiernois, toujours prêt à donner un coup de main ou à comploter avec nous dans un coin sur un tas de conneries.
Et le meilleur pour la fin (soyez pas jaloux vous autres, on partageait quand même notre maison), Marine, volontaire sarthoise (rillettes !!), élue meilleure coloc de l’année. La râleuse et son imitation de l’accent québécois, toujours là pour subir avec moi les pires affres que le logement nous promettait.

J’ai appris à vivre seule (ou presque). A supporter la solitude, les moments de vide, le silence et l’absence d’internet (c’était duuuuur !). J’ai appris surtout à faire face à l’imprévu surtout avec l’appartement.

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HOME SWEET HOME

Petit aparté utile sur nos conditions de logement (attention, à savoir que les Compagnons Bâtisseurs n’étaient pas vraiment responsables de tout cela).

Pour commencer, je n’ai pas emménagé immédiatement dans l’appartement mis à disposition par la mairie de Thiers pour les volontaires extérieur à Thiers. Les raisons m’ont été exposées brièvement à mon arrivée : pas de toit sur les toilettes, une suspicion de mérule dans une des chambres, pas d’eau chaude. J’ai donc habité les deux premières semaines dans une colocation improvisée chez les volontaires d’une autre association (Concordia) avec Evi, une grecque adorable avec qui j’ai eu de longues discussions en anglais sur tout et rien (comme quoi, c’est un mal pour un bien).
La thèse de la mérule ayant ensuite été écartée, j’ai rejoint Thiers (plus pratique), une chambre prêtée par la mairie avec une douche au milieu de la chambre (normal !). Mais ce n’est que le début de l’aventure.

Ajoutons en vrac quelques soucis électriques puis plus tard, quelques problèmes de tuyauteries mais aussi l’absence d’internet (pas vraiment un problème en soi sauf que le Macdo distributeur de wifi gratuit se trouve approximativement à trois années lumières de l’appartement).

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Problème numéro un. « Noir c’est noir »

Intérieur nuit, un vaste appartement, 3 chambres, 4 m de de hauteur sous-plafond.
Deux jeunes femmes préparent leur repas bien tranquillement dans leur cuisine. La première utilise une plaque électrique pour se faire cuire un steak, la seconde s’apprête à mettre une tasse pleine d’eau à chauffer au micro onde afin de se préparer un thé. ERREUR ! Le tout est suivi d’un noir complet. Quelques secondes d’interrogation avant de comprendre que le courant vient tout bonnement de sauter. Réaction quelques peu étrange et pourtant humaine, un rire nerveux s’élève en chœur dans l’appartement plongé dans l’obscurité. « C’est une blague ? » Non, pas du tout.
Premier reflexe, lever les yeux vers ce boitier électrique installé au plafond dans l’entrée et se remémorer cet instant où, plus tôt dans la journée, nous signifions notre incapacité à changer un fusible.
Deuxième reflexe, téléphoner à Olive qui saura sans doute quoi faire, en fond sonore le rire nerveux de Marine qui décrédibilise un peu le drame de la situation. Prêt à faire une demi-heure de route pour nous dépanner, la venue de notre héros n’est finalement pas nécessaire puisqu’après un passage chez la gardienne, un petit rosé pamplemousse en prime et l’arrivée d’un gars de la mairie, le problème se résout. La solution je vous la donne en mille : abaisser et remonter le disjoncteur préhistorique situé dans la cave.
La situation se renouvelle à plusieurs autres reprises variant un peu les plaisirs. Un coup c’est le micro onde, un autre la machine à laver qui fait tout disjoncter. Les sauveurs sont tantôt la gardienne, tantôt le gars d’astreinte au service technique de la mairie (seuls détenteurs de la clé ouvrant la cave en question). Je suis une fois avec Marine, une autre fois seule et blasée dans le bâtiment à crier mon désespoir. Nous développons finalement la technique bien nommée du « éteins la lumière, je fais cuire ma pizza ». Tout ça jusqu’à ce qu’enfin, après expertise d’Olive, la Mairie se décide à changer le disjoncteur en question nous permettant enfin d’utiliser à pleine possibilité notre quota électrique. Attention chers écologistes, ne lisez pas ce qui suit : pour fêter cette victoire, nous avons pris plaisir à mettre en marche tous les appareils électriques de l’appartement en même temps pendant dix minutes.

noir-cest-noir

Photo époustouflante de réalisme! 

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Problème numéro deux. « Hey, It’s me, Mario. »

Intérieur jour.
Rouky est tranquillement installée sur le trône expulsant allégrement quelques arc-en-ciel et autres paillettes. L’affaire finie, elle tente l’évacuation, une fois, en vain, deux fois, voyant la montée des eaux, Rouky commence à flipper sa race. Grognements, jurons, soupirs blasés, les toilettes sont bouchées.
Premier reflexe, se rendre sur internet (fourni par une clé 3G peu efficace), googler « solution toilettes bouchés », essayer toutes les recommandations d’usage avec les éléments disponibles sur place (se limitant donc à verser deux casseroles d’eau bouillante dans la cuvette puis à tenter l’effet ventouse via la brosse à chiotte) et réfléchir au meilleur moyen de se fournir en explosifs un dimanche après midi à Thiers.
Deuxième reflexe, constater l’échec total des propositions doctissimo et se munir des clés du local professionnel de l'asso pour y squatter allégrement la cuvette en attendant de demander de l’aide à Olive (oui, bah, j’ai déjà dit que c’était notre héros !). Un bidon de destop et une ventouse plus tard, le problème et réglé … pour un jour.
Nous alternons alors quelques semaines à base de « Et merde ! Encore ! » et explosons le record d’arrivée matinale au boulot (oui, le pipi du matin, c’est sacré) jusqu’à ce qu’enfin (après cris et pleurs) la mairie se décide à changer les toilettes datant eux aussi de mathusalem. Le plombier découvrant par la même occasion un sac en nylon dans les canalisations (true story !).

chiottes

Accessoires pour mettre du piment dans ta vie! 

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Problème numéro trois. « ♫♪ »

Gare Saint Jean, Bordeaux.
Extérieur jour.
Rouky s’apprête à prendre son covoiturage direction Clermont-Ferrand.
Une alerte SMS retentit :
            De Meilleure Coloc du monde : « Internet le 21 janvier à l’appart ! »
Une joie intense et pourtant si naïve se lit sur le visage de la jeune femme.

Un mois plus tard, Rouky a eu le temps de changer deux fois de couleur de cheveux et d’obtenir son permis de conduire.
Intérieur jour, Rouky est au téléphone.
« ♫♪ » Soupir d’impatience « ♫♪ »
« Brouine Télécom bonjour, que puis-je faire pour vous ? »
« Bien, je vais essayer de rester calme et de vous expliquer la situation une cent-cinquantième fois en espérant que vous puissiez vraiment faire quelque chose pou moi. J’ai une box, je l’ai branchée à la ligne téléphonique que vous êtes sensé avoir ouverte le mois dernier mais je n’ai pas internet. J’ai constaté grâce à un téléphone que la ligne n’a pas encore été ouverte, pourquoi ? »
« Quel est votre numéro je vous pris ? »
« J’en sais rien, j’en ai pas, la ligne n’a pas été ouverte, pourquoi ? »
« Sans numéro je ne peux rien faire pour vous. »
« Je n’ai pas de numéro, LA LIGNE N’A PAS ETE OUVERTE, POURQUOI ? »
Quelques précisions et trois interlocuteurs différents plus tard :
« Bien, un technicien viendra chez vous dans deux semaines pour installer votre ligne. »

Deux semaines plus tard.
Perron de l’immeuble où se trouve l’appartement des volontaires.
Extérieur jour.
Marine attend avec impatience la venue d’un technicien. Et elle attend, elle attend.

Le lendemain :
« ♫♪ »
« Brouine Télécom bon… »
« Votre technicien, c’est l’homme invisible ? »

Quelques révolutions terrestres plus tard.
« ♫♪ »
« Brouine Télécom bon… »
« OKAY ! ALORS CETTE FOIS J’ESPERE QU’IL A UNE BONNE EXCUSE POUR NE PAS S’ETRE POINTE VOTRE TECHNICIEN DE M*RDE ! »

Un demi-siècle plus tard :
« ♫♪ »
« Brouine Télécom bon… »
« … »
« Okay, faite ouvrir votre ligne par Banane on vous remboursera les frais, promis. »

Quelque par en Auvergne :
« Ptain, ils t’y z’ont carrément viré de chez Brouine Télécom ? Sont salaud ! Juste pour deux, trois rendez-vous manqués ? Pourraient comprendre quoi, les Feux de l’amour, c’est trop prenant ! »
« Trop, mais j’m’en fous, demain je commence chez Banane, faudrait quand même que je fasse mes déplacements cette fois. »

Le lendemain.
Perron de l’immeuble où se trouve l’appartement des volontaires.
Extérieur jour.
Marine attend avec impatience la venue d’un technicien. Et elle attend, elle attend encore.

« ♫♪ »
« Banane bonjour, que puis-je faire pour vous ?»
« J’ose même plus expliquer le problème là. »

Un beau jour, à des années lumières du 21 janvier de notre ère.
Ruelle de Thiers.
Extérieur jour.

Deux techniciens Banane s’activent à brancher des fils dans un boitier. Un espoir incertain se lit dans le regard des deux jeunes femmes passant par là.

Le soir même.
Appt des volontaires.
Intérieur soir.
Marine et Rouky branchent le téléphone prêté par l’asso, le cœur lourd et déjà prêt à la désillusion.

« Tuuuut »
« Attend, je me souviens plus s’il y avait une tonalité avant quand on le branchait. Je vais essayer de m’appeler pour voir. »
« ♫♪ (ouais, je me souviens plus de ma sonnerie à l’époque mais ça devait être un truc du genre). »
En chœur « OOOOH PUTAIN, OH PUTAIN !!!!!! »
Larmes, cris, joie. Lendemain.

Même jour.
Locaux de l’association. 
Intérieur jour.

« ♫♪ »

« Brouine Télécom bonjour, que puis-je faire pour vous ? »
« Alors je vous explique la situation […] et donc on a branché la box, mais on a toujours pas internet. »
« C’est normal Madame, il faut encore attendre une dizaine de jours minimum avant que ce soit mis en place. »
Larmes, cris, arrachage de cheveux.

Les jours suivants, les deux colocataires passant à tour de rôle devant la box dans l’attente de voir le bouton @ de la box arrêter de clignoter.
« Toujours pas ? »
« Toujours pas. »

Un beau matin d’avril (soit 4 mois après le lancement des démarches).
Appt des volontaires.
Intérieur jour.
Rouky se lève la tête un peu dans la fondement. Passe machinalement devant la box. Les yeux collés, elle semble apercevoir un voyant vert et fixe sur le @.

« ROOOH PUTAIN ! » *joie*

Marine se lève, la tête dans le fondement. Rouky s’apprête, tout sourire, à faire part de ce qui semble être une bonne nouvelle à sa coloc.

« PUTAIN MAIS T’ES OBLIGEE DE FAIRE AUTANT DE BOUCAN LE MATIN, POURQUOI TU CLAQUES LES PORTES ? »

Ouais, c’était un peu le gros fail de la réjouissance sur le coup, n’empêche que le soir même on a bien kiffée notre race sur le world wide web et on a fêté la nouvelle en pompe sur facebook.

internet

Partager des aventures exceptionnelles. 

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A suivre ...