J’étais crevée, mais l’atmosphère fleurait bon les vacances lorsque nous nous sommes levées à 5h de matin pour prendre la route. Voiture chargée tant bien que mal la veille (voilà ce que c’est d’être des filles), me voilà reléguée au rôle de co-pilote désigné tandis que les deux pilotes se relaient l’une au volant, l’autre endormie sur la banquette arrière.

 

Carte en main, les paysages défilent, pas très vite, il faut l’avouer, oui, car notre radinerie légendaire nous a poussée à choisir le chemin le plus long mais avec le moins de péage. Résultat, après un arrêt pipi au milieu des Tournesols, nous arrivons près de Toulouse et inévitablement, notre temps de trajet se rallonge de quelques précieuses minutes à cause de mon sens de l’orientation huîtresque.

 

Nous nous arrêtons prés de la citadelle de Carcassonne pour pic niquer avant de reprendre le chemin, direction Narbonne puis Perpignan et Sud toute !! C’est là que ça se gâte, à 40km de la frontière franco-hispanique, en voilà du monde. La voiture avance à 4km/h et encore, je suis large. Rox dort à l’arrière, Clot s’impatiente tandis que l’auto-radio reprend pour la énième fois une chanson de Vaya Con Dios. Je tente de divertir la conductrice en bonne co-pilote et lui propose de jouer aux cartes … routières. « Dans la famille rouge, je voudrais, l’Espagne… »  Avec seulement trois cartes, on tourne vite en rond alors l’imagination va bon train pour s’occuper. Pince à épiler, biscuits, Minikeums, sortie de voiture pour aller presque saluer les voisins de galère, observation de paysages …. Et ainsi pendant plus de 4km. Il nous tarde d’apercevoir les stations essences espagnoles et leurs prix défiant la concurrence française parce que le réservoir fait grise mine.

Puis finalement, Titine en sandwich entre une Opel Corsa et une Mercedes, nous franchissons enfin la frontière. Voilà, j’ai quitté la France, pour la première fois de ma jeune vie. Pas le temps de s’épancher en émotions, la voiture est toujours coincée et cette fois nous écoutons un peu de R.I.F., pas grave, on est en Espagne, plus personne ne comprends les paroles alors on gueule. Pas bien longtemps puisqu’il y en a qui gueule plus forts.

 

« Mais t’as des enfaaaaaaaaaaaaants !!! » hurle une voix aigüe tandis que nous apercevons le lieu de la dispute. Le spectacle ne dure pas longtemps puisque les bouchons diminuent et que nous sommes alors forcées d’avancer.

 

Un petit arrêt plus loin dans un supermarché le temps de trouver de quoi grailler le soir même, une décision : nous prendrons l’autoroute pour atteindre Barcelone ! Le bonheur du moment du plein d’essence espagnole et de l’achat du paquet de cigarettes à moins de 5€.

 

Barcelone n’est plus très loin… c’est sans compter notre capacité à évaluer les distances sur carte routière (quoi, la faute du co-pilote…ça va hein !) nous atteignons notre but de nuit, premiers mots en espagnol dans une station service où nous cherchons désespérément notre chemin vers un camping.

 

Clot est notre traductrice officielle tandis que je découvre que je n’ai pas tant de lacunes, un niveau touriste tout au plus et Rox, quant à elle, s’énerve en anglais, ce qui ce peut être utile, nous le verrons.

 

Pas de camping ouvert ou avec une place libre à cette heure-ci. Nous apercevons les lumières de Barcelone au loin tandis qu’à la recherche d’un lieu pour dormir, nous tombons par hasard sur un parking tout proche de la mer avec toilettes et wifi. La mer, elle nous semble agitée mais pas autant que notre océan chéri bien sûr. Il fait encore chaud alors que la nuit a envahit le ciel. C’est décidé, nous dormirons là, tente plantée, voiture verrouillée, une longue nuit nous attends ainsi qu’une longue semaine à venir.

 Photo 036c

photo de Clot'